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Synchroniser son travail avec son cycle : ce que dit vraiment la science sur la productivité
Questions-réponses avec l’équipe scientifique de Clue
Vous avez probablement déjà entendu parler de la « synchronisation avec le cycle » : l’idée d’adapter son alimentation, son activité physique et ses habitudes quotidiennes à la phase du cycle menstruel dans laquelle on se trouve.
Adapter son travail à son cycle peut sembler particulièrement séduisant, avec la promesse d’une meilleure productivité et d’un risque moindre d’épuisement professionnel. Mais cette tendance repose-t-elle réellement sur des données scientifiques ? Ou risque-t-elle de renforcer l’idée préjudiciable selon laquelle les personnes ayant un cycle seraient moins fiables au travail ?
Nous faisons le tri entre les faits et le battage médiatique sur les réseaux sociaux pour déterminer ce qui peut réellement être utile et comment une meilleure connaissance de votre cycle peut vous aider dans votre vie professionnelle sans vous imposer davantage de pression.
Nous avons échangé avec la Dre Cornelia Hainer, Directrice scientifique chez Clue, au sujet des données scientifiques sur la synchronisation avec le cycle, de ses bénéfices potentiels au travail et de la manière dont la connaissance de son cycle peut devenir un outil au service de l’autonomie.
Points clés à retenir :
Les variations hormonales au cours du cycle menstruel peuvent avoir une influence sur l’humeur, l’énergie, le sommeil et la concentration, mais l’expérience de chaque personne dépend également de facteurs comme le stress, l’alimentation et l’environnement.
Les variations hormonales peuvent avoir des effets subtils sur certaines fonctions cognitives, mais les symptômes menstruels tels que la douleur, la fatigue et un sommeil de mauvaise qualité sont davantage susceptibles d’affecter temporairement la concentration et la productivité.
Suivre votre cycle peut vous aider à repérer vos propres tendances en matière de motivation, de créativité et de concentration, afin d’adapter votre travail avec souplesse.
Adapter votre travail à votre cycle peut vous aider à mieux vous connaître, mais cette approche devient problématique lorsqu’elle est considérée comme un ensemble de règles strictes dictant la manière dont vous devriez travailler ou vous comporter selon la phase de votre cycle.
Qu’est-ce qui explique les variations d’énergie et d’humeur au cours du cycle menstruel ?
La plupart des femmes et des personnes ayant un cycle constatent des changements physiques et émotionnels au fil des différentes phases de leur cycle. Leur nature et leur intensité varient d’une personne à l’autre, et même d’un cycle à l’autre.
Les fluctuations des taux d’œstrogènes et de progestérone en sont la principale cause. Ces hormones ne régulent pas uniquement l’utérus et les ovaires : elles interagissent également avec les neurotransmetteurs du cerveau, comme la sérotonine, le GABA et la dopamine, et peuvent ainsi influencer l’humeur, le sommeil, l’énergie et d’autres aspects du bien-être.
Cela dit, tous les changements dans la façon dont vous vous sentez ne sont pas dus aux fluctuations hormonales de votre cycle. Des facteurs du quotidien peuvent également jouer un rôle important sur l’humeur et l’énergie, notamment :
Le rythme quotidien
La qualité du sommeil et les habitudes de sommeil
L’alimentation et l’hydratation
L’environnement social et la charge de travail
Suivre votre cycle et noter comment vous vous sentez au fil de celui-ci est un bon moyen de repérer des tendances dans votre humeur, votre niveau d’énergie ou votre concentration. Avec le temps, cela peut vous aider à mieux comprendre les liens éventuels entre les variations hormonales et votre ressenti, et à adapter davantage vos habitudes à votre propre rythme, plutôt que de faire abstraction de vos besoins.
La fonctionnalité Informations sur les phases du cycle de Clue, disponible dans l’onglet Analyse, vous aide à mieux comprendre les liens possibles entre les variations hormonales et ce que vous ressentez. Elle fournit des informations en temps réel sur les changements hormonaux qui se produisent à chaque phase du cycle et sur leur influence possible sur l’humeur, l’énergie, la concentration et d’autres ressentis. Elle présente également des informations sur les expériences fréquemment rapportées par la communauté Clue.
Comment les différentes phases du cycle influencent-elles l’énergie et l’humeur ?
Même si chaque personne vit son cycle différemment, certaines tendances se dégagent aussi bien de la recherche scientifique que des données agrégées et anonymisées de la communauté Clue.
Pendant la phase folliculaire tardive (après les règles et avant l’ovulation), lorsque le taux d’œstrogènes augmente, de nombreuses personnes déclarent être de meilleure humeur et avoir davantage d’énergie et de motivation. Dans les données de Clue, « heureuse » est l’émotion la plus fréquemment enregistrée pendant la phase folliculaire tardive.
Pendant la phase lutéale (de l’ovulation jusqu’aux règles suivantes), lorsque le taux de progestérone est plus élevé, de nombreuses personnes déclarent se sentir plus fatiguées. Un taux élevé de progestérone peut également affecter la qualité du sommeil et entraîner un sommeil plus agité ou moins réparateur.
Lorsque les taux hormonaux diminuent vers la fin du cycle, l’irritabilité et les sautes d’humeur sont fréquentes. De nombreuses personnes utilisant Clue enregistrent le ressenti « sensible » à cette période.
Cependant, la sensibilité aux variations hormonales diffère considérablement d’une personne à l’autre. Certaines ressentent des changements cycliques marqués, tandis que d’autres ne remarquent aucune différence importante au cours de leur cycle. Ces deux expériences peuvent être tout à fait normales.
La phase du cycle peut-elle affecter des capacités cognitives qui jouent un rôle au travail ?
Les variations hormonales peuvent influencer certains aspects des fonctions cognitives et des performances, mais cela ne signifie pas que les personnes ayant un cycle sont globalement moins performantes.
Des recherches ont montré que les œstrogènes et la progestérone peuvent avoir une influence sur la structure et le fonctionnement du cerveau, ainsi que sur la communication entre certaines régions cérébrales. Cela peut avoir un effet sur l’attention, la mémoire et la régulation des émotions. Toutefois, ces effets sont subtils, varient d’une personne à l’autre et ne signifient pas que les performances globales augmentent ou diminuent au fil du cycle.
Ce qui ressort de manière plus constante, en revanche, c’est que des symptômes tels que la douleur, la fatigue ou les changements d’humeur, en particulier avant et pendant les règles, peuvent temporairement affecter la concentration et la productivité.
Une étude publiée dans le British Medical Journal a montré que ce sont ces symptômes, et pas uniquement les règles elles-mêmes, qui ont tendance à affecter la productivité au travail et dans les études.
Est-il utile d’organiser son travail en fonction des différentes phases du cycle lorsque cela est possible ? Suivre son cycle et s’y adapter peut-il améliorer la productivité au travail ?
Pour certaines personnes, oui. Si vous remarquez des tendances claires dans votre motivation, votre créativité ou votre concentration, adapter certaines tâches à votre cycle peut rendre le travail plus fluide et améliorer votre productivité.
Suivre votre cycle dans Clue pendant au moins trois cycles peut vous aider à repérer ces tendances. De nombreuses personnes utilisant Clue déclarent se sentir plus motivées et créatives pendant la phase folliculaire, en particulier juste avant l’ovulation. Si c’est également votre cas, cette période peut être propice aux séances de brainstorming, aux réunions importantes ou aux activités collaboratives qui demandent beaucoup d’énergie.
Certaines études suggèrent également que la créativité pourrait atteindre un pic autour de l’ovulation. Pendant la phase lutéale, lorsque le taux de progestérone est plus élevé, certaines personnes peuvent se sentir plus à l’aise avec des tâches qui demandent une concentration soutenue ou une attention particulière aux détails.
Cette approche ne doit pas consister à chercher à tout optimiser selon des règles strictes, car cela peut être source de stress et de pression supplémentaire. Il s’agit plutôt de mieux vous connaître et de faire preuve de bienveillance envers vous-même. Tenir compte de votre cycle dans votre organisation peut réduire le stress lié au fait d’être « prise au dépourvu » par une baisse d’énergie, des changements d’humeur ou d’autres symptômes liés au cycle. Cela peut également vous donner davantage le sentiment de maîtriser votre temps et votre bien-être.
Les entreprises peuvent contribuer à cette démarche en sensibilisant à la santé menstruelle, en proposant des modalités de travail flexibles et en normalisant les échanges autour des besoins liés au cycle. La flexibilité et des politiques adaptées sur le lieu de travail peuvent aider les personnes à gérer leurs symptômes menstruels sans avoir à choisir entre leur santé et leur travail.
Les tendances comme la « synchronisation avec le cycle » sont-elles positives ou peuvent-elles renforcer les stéréotypes de genre ?
Cela dépend en grande partie de la manière dont elles sont présentées.
La synchronisation avec le cycle peut être très positive lorsqu’elle permet de mieux se connaître et de gagner en autonomie. Elle peut aider à mieux comprendre son propre rythme, à anticiper certains symptômes et à réduire la stigmatisation.
Ces connaissances permettent de mieux comprendre son corps et de gagner en autonomie, deux aspects au cœur de notre mission chez Clue.
Cependant, la synchronisation avec le cycle peut également être utilisée de manière problématique. Si elle est présentée comme un ensemble de règles dictant la façon dont les personnes « devraient » travailler ou se comporter selon les différentes phases de leur cycle, elle risque de renforcer certains préjugés, notamment l’idée que les personnes ayant un cycle seraient moins fiables ou moins performantes à certains moments du mois.
Il peut être préjudiciable de partir du principe que les personnes ayant un cycle doivent travailler davantage ou optimiser encore plus leurs performances pour compenser les effets de leur cycle.
La synchronisation avec le cycle doit rester individuelle, flexible et volontaire. Les tendances propres à chaque personne sont différentes, tout comme la manière dont les hormones peuvent l’affecter. Personne ne devrait se sentir obligé·e de « s’optimiser », ni culpabiliser de ne pas adapter son travail à son cycle.
« Vous êtes en phase lutéale, vous serez donc probablement moins productive. » Ce n’est plus du soutien, mais de la discrimination.
La synchronisation avec le cycle n’est donc pas mauvaise en soi : elle peut au contraire être très positive lorsqu’elle est abordée de manière nuancée et individualisée, avec suffisamment d’informations et de sensibilisation aux risques potentiels.
Quels sont les autres bénéfices du suivi du cycle menstruel ?
Suivre votre cycle peut vous aider à mieux comprendre votre corps, à anticiper certains symptômes et à prendre soin de votre bien-être physique et mental. Pour beaucoup de personnes, il s’agit simplement de savoir quand leurs prochaines règles sont susceptibles d’arriver afin de pouvoir s’y préparer ou s’organiser en conséquence.
D’autres utilisent le suivi du cycle pour repérer des liens entre leur cycle et des éléments comme la qualité du sommeil, l’humeur ou l’énergie. Identifier ces tendances peut contribuer à réduire l’incertitude et le stress, et permettre d’adapter ses activités pour vivre davantage en accord avec son cycle.
Le simple fait de vous autoriser à vous reposer lorsque vous avez des crampes ou que vous ressentez de la fatigue constitue déjà une forme précieuse de soin de soi.
Chaque cycle est unique, qu’il s’agisse de sa durée, de l’abondance des saignements ou des symptômes ressentis. Votre cycle est également un indicateur important de votre santé. Des irrégularités ou des changements soudains peuvent être les premiers signes d’un problème de santé.
Suivre votre cycle vous aide à comprendre ce qui est habituel pour vous. Vous pouvez ainsi remarquer plus facilement lorsqu’un changement vous semble inhabituel et en parler avec un·e professionnel·le de santé.
Le suivi du cycle peut également vous aider à atteindre vos objectifs en matière de fertilité, que vous souhaitiez concevoir ou éviter une grossesse, en vous permettant de mieux comprendre à quels moments vous êtes plus ou moins susceptible d’être fertile.
Avertissement : veuillez noter que l’application Clue n’est pas conçue pour prévenir une grossesse et ne peut pas être utilisée de manière sûre comme méthode de contraception.

