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TDPM et difficultés de couple : comment protéger votre relation au fil du cycle
Questions-réponses avec l’équipe scientifique de Clue
Si vous ouvrez les réseaux sociaux pendant la phase lutéale lorsque vous vivez avec un trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), vous verrez probablement un thème récurrent : le besoin urgent de « protéger sa relation » pendant ce que beaucoup appellent la "semaine infernale".
Bien que le SPM puisse être difficile à vivre, le TDPM peut entraîner des symptômes émotionnels intenses qui peuvent donner l’impression de perdre totalement le contrôle, amenant souvent les personnes concernées à remettre en question leur travail, leur vie et leurs relations.
Nous avons voulu comprendre la science qui explique ce phénomène et, surtout, comment les couples peuvent préserver leur lien lorsque chaque émotion semble amplifiée au maximum.
Pour expliquer la réalité clinique du TDPM, nous avons échangé avec notre experte interne, Eve, au sujet de la science derrière ce trouble, de ses effets possibles sur les relations et des façons dont les personnes concernées et leurs partenaires peuvent se préparer aux périodes plus difficiles.
Points clés
Les personnes atteintes de TDPM ne semblent pas avoir de taux hormonaux anormaux. Les chercheurs pensent plutôt que leur cerveau est particulièrement sensible aux fluctuations hormonales habituelles après l’ovulation, ce qui perturbe des substances chimiques impliquées dans la régulation de l’humeur, comme la sérotonine.
Le TDPM peut provoquer une envie irrépressible de prendre de grandes décisions concernant sa vie (comme mettre fin à une relation) pendant une période d’intensification des symptômes. Ces sentiments s’améliorent souvent une fois les règles commencées.
Le suivi de votre cycle peut vous aider à anticiper la « semaine infernale », à communiquer vos besoins à votre partenaire et à éviter de planifier des décisions importantes ou des conversations difficiles pendant les jours où les symptômes sont les plus intenses.
Les partenaires n’ont pas besoin de « résoudre » le TDPM. Souvent, le soutien le plus utile consiste à écouter sans jugement, à reconnaître l’expérience vécue par l’autre et à demander de quel type de soutien la personne a besoin.
Bien que des habitudes de vie saines puissent favoriser le bien-être général, un TDPM modéré à sévère nécessite généralement des traitements médicaux fondés sur des preuves, comme les ISRS ou une contraception hormonale qui inhibe l’ovulation.
1. Que se passe-t-il réellement avec le TDPM ? En quoi est-il différent du SPM ?
Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est une affection médicale sévère et chronique caractérisée par des symptômes émotionnels et psychologiques qui surviennent pendant la phase lutéale (la ou les deux semaines précédant les règles) et qui s’améliorent généralement lorsque les saignements commencent.
Le TDPM est beaucoup plus sévère que le SPM et touche environ 3 à 8 % des personnes qui ont leurs règles. Il peut avoir un impact important sur la santé mentale, les relations, le travail et la qualité de vie.
Alors que le SPM et le TDPM peuvent tous deux provoquer des symptômes physiques comme des ballonnements ou une sensibilité des seins, le TDPM se distingue par des symptômes émotionnels et psychologiques sévères, notamment une irritabilité intense, de la colère, de l’anxiété, une humeur dépressive, des changements d’humeur importants et un sentiment d’être dépassé·e.
L’un des aspects les plus frustrants du TDPM est que les personnes concernées savent souvent que leurs réactions semblent plus intenses que d’habitude sur le moment, mais cette prise de conscience ne suffit pas forcément à réduire l’intensité émotionnelle.
Les personnes atteintes de TDPM ne semblent pas avoir des taux hormonaux différents ou anormaux. Les chercheurs pensent plutôt qu’elles présentent une sensibilité accrue aux variations hormonales normales qui surviennent après l’ovulation. Ces fluctuations hormonales semblent influencer des substances chimiques du cerveau impliquées dans la régulation de l’humeur, notamment la sérotonine.
2. Comment le TDPM peut-il affecter les relations ?
Le TDPM peut affecter les relations en provoquant une période de sensibilité émotionnelle accrue — souvent appelée « semaine infernale » — qui peut compliquer la communication, renforcer les insécurités et entraîner un cycle mensuel de conflits.
De nombreuses personnes atteintes de TDPM décrivent avoir l’impression d’être submergées par leurs symptômes. C’est comme si quelqu’un augmentait le volume de toutes les émotions. De petites frustrations peuvent soudain sembler énormes, et des inquiétudes concernant la relation qui paraissaient gérables la semaine précédente peuvent devenir urgentes et accablantes.
Il n’est pas rare que les personnes atteintes de TDPM aient l’impression d’être une version différente d’elles-mêmes pendant cette phase de leur cycle. Une personne peut devenir plus sensible aux critiques ou au rejet, avoir plus de difficultés à réguler ses émotions ou commencer à remettre en question des relations qui lui semblent pourtant solides à d’autres moments.
Cela peut naturellement mettre les relations à rude épreuve. Une irritabilité accrue, de la colère, de l’anxiété ou des sentiments de désespoir peuvent rendre la communication plus difficile et augmenter le risque de conflits.
Un schéma que j’entends régulièrement est celui de personnes qui se demandent si elles doivent quitter leur emploi, mettre fin à leur relation ou changer complètement de vie pendant une période d’intensification du TDPM, avant de se sentir très différentes une fois leurs règles commencées.
Le suivi des symptômes peut aider à reconnaître les moments où le TDPM est susceptible d’influencer sa perception des choses.
Identifier et comprendre ses tendances peut être extrêmement utile. De nombreuses personnes trouvent utile de suivre leurs symptômes afin d’anticiper les moments où ils risquent d’apparaître, de communiquer ouvertement avec leur partenaire et d’éviter de planifier des conversations difficiles ou de prendre des décisions importantes concernant leur relation pendant les jours où les symptômes sont les plus intenses.
De nombreuses personnes trouvent utile de « protéger leur relation » pendant cette période du cycle en anticipant ces moments. Cela peut notamment consister à :
Identifier les déclencheurs fréquents
Décider ensemble de reprendre certaines discussions lorsque les symptômes se seront atténués
Prévenir son partenaire lorsqu’un soutien supplémentaire ou davantage d’espace sera nécessaire
Une communication ouverte peut aider les partenaires à comprendre ce qui se passe et à éviter de prendre les symptômes personnellement.
Les partenaires peuvent également jouer un rôle important. Plutôt que d’essayer de résoudre les symptômes, l’une des façons les plus utiles de soutenir une personne consiste à l’écouter sans jugement, à faire preuve de patience et à demander quel type de soutien est nécessaire.
Pour certaines personnes, cela peut signifier recevoir davantage de réassurance ou une aide pratique pour les tâches du quotidien. Pour d’autres, cela peut vouloir dire avoir moins d’engagements sociaux, davantage de moments au calme ou simplement sentir que leur expérience est reconnue.
Les partenaires ont souvent l’impression qu’ils doivent trouver une solution, mais ce dont de nombreuses personnes atteintes de TDPM ont réellement besoin, c’est de se sentir crues.
Parfois, la réponse la plus aidante est simplement :
« Je sais que cette semaine est difficile pour vous. Comment puis-je vous aider ? »
Comprendre que le TDPM est une véritable affection médicale, et non un défaut de personnalité ou un manque de maîtrise de soi, peut aider les deux personnes d’un couple à traverser ces périodes difficiles avec davantage de compassion et de compréhension.
3. Existe-t-il des approches nutritionnelles ou hormonales pour traiter ou anticiper les effets du TDPM chaque mois ?
Il n’existe pas de traitement unique qui convienne à toutes les personnes atteintes de TDPM, mais cette affection peut être prise en charge. Les traitements les plus efficaces sont généralement des traitements médicaux plutôt que des approches uniquement nutritionnelles.
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), un type d’antidépresseurs, sont considérés comme un traitement de première intention. Ils peuvent être pris en continu ou uniquement pendant la phase lutéale pour certaines personnes.
Comme les symptômes du TDPM sont liés à l’ovulation et aux changements hormonaux qui surviennent après celle-ci, les traitements qui inhibent l’ovulation peuvent également aider certaines personnes. Certains contraceptifs hormonaux, notamment ceux contenant de la drospirénone, ont montré une amélioration des symptômes du TDPM et sont approuvés pour son traitement dans certains pays.
Cela dit, la contraception hormonale n’est pas une solution universelle. Elle peut changer la vie de certaines personnes atteintes de TDPM et ne pas être adaptée à d’autres. Alors que certaines personnes constatent un soulagement important, d’autres observent que leurs symptômes restent inchangés ou s’aggravent.
Trouver le traitement adapté peut nécessiter plusieurs essais, et ce qui fonctionne bien pour une personne peut ne pas fonctionner pour une autre.
Des habitudes de vie comme pratiquer une activité physique régulière, privilégier un sommeil suffisant, gérer son stress et avoir une alimentation régulière et équilibrée peuvent contribuer au bien-être général et à la gestion des symptômes. Cependant, elles ne suffisent généralement pas à traiter complètement un TDPM modéré à sévère à elles seules.
Certaines personnes constatent également que réduire leur consommation d’alcool pendant la phase lutéale les aide à mieux gérer leurs émotions.
Bien que certaines études aient étudié des compléments comme le calcium, la vitamine B6 ou le magnésium, les données restent mitigées. Ces approches ne doivent pas remplacer des traitements médicaux fondés sur des preuves pour les personnes présentant des symptômes sévères.
Si vos symptômes affectent vos relations, votre travail ou votre qualité de vie, il peut être utile d’en parler avec un professionnel de santé. Si vous redoutez chaque mois la même période parce que vous avez l’impression de ne plus être vous-même, vous n’avez pas à simplement la subir.
Le TDPM est une affection médicale reconnue, et des traitements ainsi que des formes de soutien efficaces existent.

