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L’endométriose expliquée : réponses de spécialistes sur les symptômes, le diagnostic et le traitement
Questions aux spécialiste : une série de questions-réponses avec l’équipe scientifique de Clue
L'endométriose touche des millions de personnes dans le monde, mais elle est souvent mal comprise et sous-diagnostiquée. Dans cette foire aux questions, Eve Lepage, infirmière spécialisée en fertilité et conseillère senior en santé reproductive chez Clue, répond à des questions essentielles sur cette affection. Nous examinerons les causes de l'endométriose, les raisons pour lesquelles elle peut être si douloureuse, ses effets à long terme et les options de traitement disponibles.
1. Qu'est-ce que l'endométriose et pourquoi survient-elle ?
L'endométriose est une affection dans laquelle des tissus similaires à la muqueuse utérine se développent à l'extérieur de l'utérus, le plus souvent autour des organes de la cavité pelvienne, tels que les ovaires, les trompes de Fallope, la vessie et d'autres organes pelviens.
Les scientifiques s'efforcent toujours de comprendre exactement comment et pourquoi cela se produit. La théorie la plus connue est celle de la menstruation rétrograde, selon laquelle le sang menstruel, qui normalement serait évacué par le vagin, reflue dans la cavité pelvienne en passant par les trompes de Fallope.
D'autres théories suggèrent que des cellules semblables à celles de l'endomètre pourraient se déplacer à travers le système lymphatique ou les vaisseaux sanguins vers d'autres parties du corps. Une autre théorie, appelée métaplasie, propose que certaines cellules situées à l'extérieur de l'utérus puissent se modifier ou se « transformer » en cellules semblables à celles de l'endomètre. Toutes ces voies peuvent être influencées par divers facteurs, qui peuvent soit favoriser le déplacement de ces cellules, soit soutenir leur croissance lorsqu'elles se trouvent à l'extérieur de l'utérus.
2. Pourquoi l'endométriose est-elle si douloureuse ?
L'endométriose peut être très douloureuse car les tissus qui se développent en dehors de l'utérus provoquent une réponse inflammatoire, entraînant la formation de tissu cicatriciel dans le bassin et d'autres parties du corps. Cela peut entraîner des règles douloureuses, des douleurs pendant les rapports sexuels et des douleurs lors des activités quotidiennes normales.
3. Combien de temps faut-il généralement à une personne atteinte d'endométriose pour obtenir un diagnostic et un traitement ? Pourquoi le processus est-il souvent si lent ?
Il faut en moyenne 7 à 10 ans à une personne atteinte d'endométriose pour obtenir un diagnostic et un traitement approprié. Ce retard est souvent dû au fait que les symptômes de l'endométriose peuvent être confondus avec d'autres affections, et qu'il existe un manque de sensibilisation et de compréhension de cette affection parmi les professionnels de santé et la population en général.
Si vous pensez être atteinte d'endométriose, il peut être utile de noter vos douleurs et vos symptômes et de partager ces informations avec votre professionnel de santé. Vous pouvez également consulter un spécialiste en gynécologie ou en endométriose. En vous informant et en vous impliquant, vous pouvez contribuer à réduire le temps nécessaire pour obtenir un diagnostic.
4. Comment traite-t-on l'endométriose ?
L'endométriose est généralement traitée à l'aide d'une combinaison d'approches, adaptées aux symptômes et aux objectifs de chaque personne, ainsi qu'à son désir ou non de concevoir. Comme elle peut affecter à la fois la qualité de vie et la fertilité, le traitement nécessite souvent une approche holistique ou multimodale.
Les options peuvent inclure des traitements hormonaux qui suppriment l'ovulation, des médicaments anti-inflammatoires pour aider à gérer la douleur et des changements de mode de vie, tels que l'augmentation de la consommation d'aliments anti-inflammatoires comme ceux riches en acides gras oméga-3.
Dans certains cas, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour retirer les lésions endométriales ou les tissus cicatriciels, mais elle est généralement réservée à des situations spécifiques et doit être discutée avec précaution avec un professionnel de santé.
5. Quelles sont les options chirurgicales disponibles pour traiter l'endométriose, en quoi consistent-elles et quelle est leur efficacité ?
La chirurgie ne guérit pas l'endométriose, mais elle peut aider à contrôler les symptômes. La chirurgie laparoscopique peut être utilisée pour explorer et retirer ou détruire chirurgicalement le tissu endométrial. La chirurgie permet de soulager les symptômes chez la plupart des personnes atteintes d'endométriose légère à modérée, mais elle n'est pas toujours efficace et d'autres interventions chirurgicales peuvent s'avérer nécessaires au fil du temps. Dans les cas graves, une hystérectomie (ablation de l'utérus, des trompes de Fallope et parfois des ovaires) peut être envisagée après que les autres options de traitement ont été épuisées.
L’hystérectomie est associée à une probabilité plus faible de devoir subir une nouvelle intervention chirurgicale que d’autres types de chirurgie, mais elle est considérée comme une option thérapeutique radicale car elle provoque la ménopause chez les femmes en âge de procréer.
6. Quand la chirurgie est-elle généralement recommandée pour l'endométriose ?
La chirurgie de l'endométriose est généralement recommandée lorsque les traitements moins invasifs (tels que les analgésiques ou l'hormonothérapie) n'ont pas soulagé les symptômes, ou lorsque l'endométriose cause des lésions aux organes pelviens ou affecte la fertilité. La décision de subir une intervention chirurgicale doit être prise en consultation avec un professionnel de santé expérimenté dans le traitement de l'endométriose.
7. Quels sont les effets potentiels à long terme de l'endométriose ?
L'endométriose est une affection progressive, ce qui signifie qu'elle peut s'aggraver avec le temps. Les effets potentiels à long terme de l'endométriose comprennent des douleurs chroniques et l'infertilité. Certaines recherches ont montré un lien entre l'endométriose et un risque accru de maladie coronarienne, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires. Une prise en charge précoce peut contribuer à ralentir la progression de la maladie, à réduire les complications et à contrôler les symptômes.
8. Que faut-il savoir sur l'impact de l'endométriose sur la fertilité et la santé reproductive ?
L'endométriose peut affecter la fertilité de plusieurs façons, notamment :
En perturbant le développement des ovules et l'ovulation, elle peut empêcher les ovules de mûrir ou d'être libérés au moment prévu.
En interférant avec la fécondation et l'implantation de l'embryon en raison de modifications de l'environnement utérin ou pelvien
En provoquant des adhérences, des cicatrices ou des modifications physiques des organes reproducteurs qui rendent plus difficile le déplacement des ovules ou la fécondation
En créant un environnement inflammatoire chronique qui peut affecter la réserve ovarienne, la qualité des ovules, la motilité des spermatozoïdes et la réceptivité utérine
Il convient de noter que jusqu'à 50 % des personnes diagnostiquées comme infertiles souffrent également d'endométriose.
9. L'endométriose est-elle héréditaire et existe-t-il une composante génétique ?
Oui. L'endométriose a une composante génétique et peut être héréditaire. Il s'agit d'une affection complexe et, bien que nous ne comprenions pas encore parfaitement tous les mécanismes de son développement, nous savons que la génétique joue un rôle.
Des recherches montrent que le fait d'avoir un membre de la famille proche, comme une mère ou une sœur, atteint d'endométriose augmente de 7 à 10 fois les risques de développer cette affection.
Il existe également des preuves que des facteurs environnementaux et liés au mode de vie peuvent interagir avec les prédispositions génétiques, influençant l'apparition ou non de la maladie et la manière dont elle se manifeste. Ce domaine de recherche est appelé épigénétique.
10. Si l'endométriose est héréditaire dans votre famille, quelles mesures pouvez-vous prendre pour réduire votre risque de la développer ?
Certains facteurs sont associés à un risque moindre d'endométriose. Par exemple :
Un nombre réduit de cycles menstruels au cours de la vie, qui peut être dû à la contraception hormonale, à la
grossesse ou à un début tardif des menstruations.
Une activité physique régulière peut réduire le risque de développer une endométriose et aider à gérer les symptômes tels que la douleur chez les personnes déjà atteintes.
Il est important de noter que l'endométriose n'est pas contagieuse et ne peut être prévenue au sens traditionnel du terme. Cependant, les personnes génétiquement prédisposées peuvent présenter des schémas hormonaux et inflammatoires qui contribuent au développement de tissus de type endométrial en dehors de l'utérus.
11. Quels sont les facteurs qui contribuent ou augmentent le risque d'endométriose ?
Voici une liste de certains facteurs de risque connus ou présumés de l'endométriose :
Déséquilibres hormonaux : L'endométriose est influencée par les hormones, en particulier l'œstrogène. Les personnes atteintes d'endométriose peuvent présenter une sensibilité accrue à l'œstrogène et une résistance à la progestérone, ce qui peut aggraver les symptômes. L'exposition externe aux hormones ne provoque pas l'endométriose, mais les hormones jouent un rôle clé dans le comportement de la maladie.
Différences au niveau du système immunitaire : Les personnes atteintes d'endométriose présentent souvent des variations dans la réponse de leur système immunitaire. Cela peut entraîner une inflammation et une douleur accrues, et peut également permettre à des cellules de type endométrial de s'implanter et de se développer en dehors de l'utérus.
Exposition environnementale aux toxines : L'exposition à des polluants environnementaux, tels que les dioxines présentes dans certains pesticides, a été associée à un risque plus élevé de développer une endométriose. Des facteurs liés au mode de vie, tels que le tabagisme et la consommation d'alcool, peuvent également contribuer à cette affection en affectant les fonctions immunitaires et hormonales.
Cycles menstruels : le fait d'avoir plus de cycles menstruels au cours d'une vie est associé à un risque accru d'endométriose. Des menstruations précoces, le fait de ne pas avoir d'enfants ou de ne pas utiliser de contraception hormonale sont autant de facteurs qui augmentent le nombre de cycles et le risque de développer une endométriose.
Poids corporel : un IMC plus élevé est associé à un risque légèrement plus faible de développer une endométriose. Cependant, les raisons de ce phénomène ne sont pas entièrement comprises, et il n'est pas recommandé de modifier son poids corporel pour prévenir l'endométriose.
Inflammation : l'endométriose est fondamentalement liée à l'inflammation. Cette affection implique une réponse inflammatoire continue et dérégulée qui peut aggraver les symptômes et affecter les tissus environnants.
Points clés à retenir
L'endométriose peut provoquer des douleurs, affecter la fertilité et avoir un impact significatif sur la vie quotidienne. Une prise de conscience précoce et un suivi régulier des symptômes peuvent faire une réelle différence, en particulier lorsqu'ils sont associés aux soins prodigués par des professionnels de santé expérimentés, capables de poser un diagnostic rapide et de proposer un traitement adapté.
La prise en charge de l'endométriose implique souvent une combinaison de changements de mode de vie, de médicaments et parfois d'interventions chirurgicales. Des outils tels que Clue permettent de transformer vos données en un outil puissant pour suivre votre cycle, vous aidant à mieux comprendre votre corps et à reconnaître des schémas qui facilitent les discussions éclairées avec les professionnels de santé. La compréhension des facteurs de risque et des symptômes permet aux personnes concernées de prendre le contrôle de leur santé reproductive.

