Photographie d'Elliot tenant un test de grossesse à la main

Photo: Jen Bell

LGBTQIA+

Envisager la grossesse en tant que personne trans non binaire

*Traduction: Sarah Idrissi

"Bonsoir, mesdames, messieurs, et le reste d'entre nous."

C'était ma première réplique dans une pièce de théâtre qui a tourné à l'international pendant des années. Dans toutes les villes où nous avons joué, la majeure partie du public me détestait à cause de cette phrase et ne se gênait pas pour me le faire savoir. Mais "le reste d'entre nous" vivait pour ce moment. Et, bien sûr, c'est à ces personnes que j'adressais cette formule.

Plus tard, lorsque la pièce a été présentée à Broadway et que Kate Bornstein a repris le rôle, une spectatrice leur a crié un soir : "Vous n'êtes pas les bienvenu·e·s ici." La réponse de Kate a été, bien sûr, généreuse et chaleureuse, accueillant cette femme malgré son ignorance. Mais c'est un travail difficile que d'être censé·e représenter "le reste d'entre nous", que ce soit dans un forum aussi public ou simplement lorsqu'on marche dans la rue. L'histoire de chaque personne est différente, et je ne peux partager avec vous que la mienne.

Salut. Je m'appelle Elliott. Mes pronoms sont neutres en anglais: "they/them", et "iel/lae" en français. Je dois sans cesse faire mon coming out en tant que trans, que non-binaire, queer, et rappeler que je ne suis pas tous·tes les-trans-non-binaire-queer du monde. J'utilise l'application Clue depuis environ six mois maintenant, et je planifie une grossesse avec maon partenaire. Ses pronoms sont également iel/lae. Entre nous deux, c’est moi le corps éligible à la gestation.

Comme je l'ai expliqué à ma mère, mon frère, à la personne de l’assurance santé et à une poignée d’ami·e·s, récent·e·s et ancien·ne·s, entre nos deux corps, nous avons théoriquement les pièces nécessaires pour que cela se concrétise.

Lorsque j'ai commencé à utiliser Clue, c'était parce que j'avais des saignements et du spotting apparemment aléatoires, bien que je porte un stérilet Mirena depuis environ un an et que je sois sous testostérone depuis six ans. Je suis dissocié·e de mes organes reproducteurs depuis si longtemps que je le vivais comme une intrusion constante et imprévisible, jusqu'à ce que maon partenaire commence à observer régulièrement le cycle des changements dans mon corps.

J'avais lu un article sur Clue un an plus tôt dans le magazine LOLA et, depuis, je lisais occasionnellement le blog de Clue. C'était donc une évidence pour moi de choisir Clue plutôt qu'une autre application. Le design fun et inclusif est un atout supplémentaire.

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Une fois que j'ai commencé faire le suivi d'autres symptômes - en plus des saignements et du spotting - dans l'application, tels que la glaire cervicale, la peau, la digestion et les niveaux d'énergie, j'ai pu constater que j'avais effectivement un cycle prévisible.

Cela m'a également aidé à faire la différence entre les saignements cycliques et les saignements intermittents que j'avais, car ils se ressemblent.

Après quelques mois, j'ai commencé à ressentir une connexion avec ces organes dans mon bassin. Et un jour, sans crier gare, j'ai été frappé·e par la fièvre des envies de bébé. Je n'avais jamais voulu être parent·e, et encore moins parent·e gestationnel·le, mais je pense que le fait d'avoir déménagé dans un pays où le coût de la vie est abordable et où il n'y a pas de fusillade dans les écoles a permis à mes sentiments à l'égard de la parentalité et de la grossesse de changer.

J'ai commencé à faire des recherches, à entrer en contact avec d'autres parents queer et transgenres, à lire des articles, des études et des livres. Lorsqu'il s'agit de santé trans, les meilleures ressources viennent souvent d'une combinaison de sa propre intuition et de la communauté. Et la communauté transgenre se réfère souvent à la recherche centrée sur les cis pour combler les lacunes, avec le conseil de se pincer le nez. Sur la base de ce conseil, j'ai emprunté à une amie le livre de Toni Weschler "Taking Charge of Your Fertility" (non traduit en français) et je l'ai lu en une journée.

Il y a tellement d'étapes à franchir avant de pouvoir simplement "se détendre et laisser faire", comme on le prescrit généralement aux couples hétérosexuels, valides et cisgenres (non trans). Et s'il est possible de tomber enceinte sous testostérone, ce n'est pas courant. De plus, le suivi de ma température et de mes règles a montré que mes saignements sont anovulatoires.

Il n'y a pas beaucoup de travaux de recherche spécifiques à l'ovulation après l'arrêt de la testostérone chez les personnes trans et non conformes dans le genre, mais une petite étude a montré que chez 25 personnes qui sont tombé·e·s enceint·e·s par la suite, 8 sur 10 d'entre elleuxs ont commencé à avoir des règles dans les 6 mois (1). Je fais partie du groupe Facebook Birthing and Breast or Chestfeeding for Trans People and Allies (Accouchement et allaitement au sein ou sur le torse pour les personnes trans et allié·e·s), et certain·e·s membres y rapportent qu'il leur a fallu entre quelques semaines et un an pour commencer à ovuler après avoir arrêté la testostérone.

Il reste encore beaucoup de recherches à mener. J'ai bénéficié d'une chirurgie du torse il y a trois ans et, bien qu'il existe des moyens de provoquer la production de lait chez les personnes AMAB ( Assigné·e homme à la naissance) et AFAB ( Assigné·e femme à la naissance) (2-7), je ne suis pas sûr·e que ce soit la voie à suivre pour moi. [Note de l'équipe scientifique de Clue : chez les personnes qui ont subi une chirurgie du torse, l'allaitement au sein ou au torse peut ne pas être possible, ou plus difficile, selon la façon dont l'opération a été réalisée (8)].

Et je n'ai pas encore décidé ce que je ferais s'il s'avérait que maon partenaire et moi ne pouvons pas concevoir sans intervention médicale lourde. Il y a des questions de carrière et de logement à régler. Plus tard, on se demande comment notre enfant nous appellera, quel nom et quels pronoms nous utiliserons jusqu'à ce qu'iel puisse nous dire comment iel veut être appelé·e. Il y a une toute nouvelle transition sociale à venir : la puberté numéro trois.

Depuis que j'ai été opéré du torse, on me jette des regards discrets dans les vestiaires pour hommes. Avant ça, on me regardait en douce dans les vestiaires pour femmes.

Dans quel vestiaire vais-je donc aller avec mon corps efféminé, masculin et enceint ? Où vais-je aller nager ? Est-ce que je vais devoir porter un haut parce que mes tétons "masculins" seront désormais considérés comme "féminins" ? Quand je commencerai à aller à un rendez-vous médical ou à des cours de yoga pour femmes enceintes et que je serai la seule personne présente qui ne s'identifie pas comme une femme, que se passera-t-il ?

Il n'y a actuellement aucun centre d'accouchement ou centre médical trans-inclusif là où je vis, et ici les professionnel·le·s de santé ont une idée très binaire de la vie des trans. Des ami·e·s ici en Allemagne qui se sont fait opérer du torse ont vu leur chirurgien·ne leur demander quand iels allaient se faire opérer « du bas » . D'après mon expérience aux États-Unis, il y a plus de flexibilité et moins de pression pour une reconstruction chirurgicale "complète".

Selon des recherches récentes, les personnes trans enceint·e·s peuvent se sentir hypervisibles et/ou invisibles (9). Je ne peux pas passer incognito en tant que femme cis parce que mon corps ne ressemble plus à ça. Bien qu'il y ait un certain recoupement biologique de base, mes besoins sociaux, émotionnels et médicaux en tant que personne trans et non binaire sont différents de ceux des personnes cis, et ce avant même la conception, pendant la gestation, l'accouchement et longtemps après en tant que parent.

Ça fait maintenant deux mois que je ne prends plus de testostérone. J'ai voulu arrêter de prendre de la T au début de ce processus parce que je craignais que les changements physiques causés par cette modification hormonale soient trop lourds pour moi. J'avais peur de changer d'avis et renoncer.

Avant la T, je n'avais aucune connexion avec mon corps. Je ne voulais pas perdre la relation que j'ai construite avec lui au cours des six dernières années.

Mais l’aventure d’une grossesse avec mon corps n'est pas une régression. Plutôt que de perdre ce que j'ai construit, je me connecte à mon corps d'une manière que je n'aurais jamais imaginée en tant que personne transgenre. Je n'en suis qu'au début, mais je ressens déjà une connexion approfondie. Et ça va continuer.

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