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Illustration d'une femme aux multiples bras, en train d'effectuer plusieurs tâches à la fois

Illustration: Marta Pucci

Temps de lecture : 8 min

La maternité, c’est compliqué

Qu’est-ce que ça veut dire, être mère ? La réponse est loin d’être simple.

La maternité, c’est à la fois une relation, une construction sociale, un travail à plein temps et une identité. On estime que 85 % des femmes ont donné naissance à un enfant (1). La maternité, ou du moins l’idée de devenir mère, occupe donc une place importante dans la vie de la plupart des femmes.

Dans la culture populaire, les attentes liées à la maternité reposent souvent sur une vision portée par les femmes blanches de la classe moyenne. Les mères sont généralement perçues comme « compétentes » et « bienveillantes », deux qualités pour lesquelles elles sont admirées (2). À la télévision comme au cinéma, elles sacrifient tout pour prendre soin de leurs enfants. Pourtant, cette représentation est loin de refléter la diversité des expériences maternelles. Chaque personne vit la maternité à sa manière et lui donne un sens qui lui est propre.

Intéressons-nous à certaines facettes moins conventionnelles de la maternité, dont on parle rarement dans les médias.

4.8

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La maternité n’est pas toujours une question de biologie

Il est vrai que la maternité comporte une dimension biologique. Pour former un embryon, la reproduction humaine nécessite du matériel génétique provenant d’une personne ayant des chromosomes XX et d’une personne ayant des chromosomes XY (3). Certaines caractéristiques anatomiques et physiologiques sont ensuite nécessaires pour mener une grossesse à terme et donner naissance à un bébé (3). Après la naissance, certaines hormones influencent la manière dont les parents tissent des liens avec leurs enfants (4). Mais si ces processus biologiques sont nécessaires pour donner naissance à un enfant, aucun d’entre eux n’est indispensable pour devenir mère.

On peut devenir mère de bien des façons, sans aucun lien biologique. Les responsabilités et les tâches associées à la maternité sont souvent assumées par des personnes qui n’ont pas elles-mêmes donné naissance à l’enfant. Environ 10 % des enfants sont élevés par leurs grands-parents et près de 3 % par d’autres membres de leur famille (5). Chaque année, plus de 100 000 enfants sont adoptés aux États-Unis (6). Environ 16 % des enfants américains vivent avec un beau-parent, un frère ou une sœur par alliance, ou un demi-frère ou une demi-sœur (7). Au Royaume-Uni, près de 60 000 enfants vivent dans des familles d’accueil avec lesquelles ils n’ont aucun lien biologique (8). Dans le monde, des millions d’enfants sont nés grâce à la procréation médicalement assistée (PMA), qui peut notamment faire appel à des dons d’ovocytes ou de spermatozoïdes (9). Les hommes aussi peuvent être des mères (10). Les hommes transgenres et les personnes dont l’identité de genre ne correspond pas aux normes traditionnelles peuvent tomber enceintes et donner naissance à un enfant. Leurs aspirations en matière de parentalité sont souvent les mêmes que celles des mères cisgenres (11).

Être mère, c’est avant tout aimer un enfant et s’engager à prendre soin de lui. La plupart des mères vous le diront : peu importe d’où vient l’ADN de leur enfant.

Toutes les femmes ne souhaitent pas devenir mères

Certaines personnes ne ressentent tout simplement pas le désir de devenir mères. D’autres préfèrent se consacrer à d’autres projets. Les études et la carrière professionnelle figurent parmi les principales raisons pour lesquelles certaines femmes choisissent de ne pas avoir d’enfants (12, 13). Parmi les femmes sans enfant âgées de 40 à 44 ans, environ 13 % déclarent qu’il s’agit d’un choix délibéré (14). Toutes tranches d’âge confondues, environ 6 % des femmes choisissent de ne pas avoir d’enfants (1). La maternité ne convient pas à tout le monde. Et même si choisir de ne pas avoir d’enfants peut être une décision profondément libératrice, les personnes qui font ce choix sont souvent jugées égoïstes ou matérialistes et subissent une stigmatisation sociale (2).

Pour les femmes qui sont devenues mères, regretter la maternité reste un sujet tabou. Pourtant, il est important de reconnaître que certaines regrettent d’être devenues parents. Certaines se retrouvent mères sans l’avoir choisi, à la suite d’un viol, de pressions ou faute d’avoir pu accéder à l’avortement. D’autres, qui avaient pourtant désiré devenir mères, finissent par regretter leur décision lorsqu’elles constatent que la maternité ne tient pas les promesses que la société leur avait faites (15).

Toutes les femmes ne peuvent pas devenir mères

Certaines personnes souhaitent profondément devenir mères, mais se retrouvent dans l’impossibilité de devenir parents ou de continuer à exercer leur rôle parental. Cela peut être dû à des difficultés à concevoir, au décès d’un enfant, à la perte du lien avec des beaux-enfants après un divorce, à la perte de la garde d’un enfant ou à l’impossibilité de continuer à s’en occuper. Il est difficile de trouver des données récentes sur le sujet, mais une estimation datant de 2002 suggérait qu’environ 3 % des femmes n’avaient pas d’enfants contre leur gré (16).

Les statistiques reflètent probablement mal le nombre réel de femmes et de personnes ayant un cycle menstruel qui souhaiteraient devenir parents, mais ne le peuvent pas, quelle qu’en soit la raison. Nous savons toutefois qu’environ une grossesse sur 100 se termine par une mortinaissance (17) et que, dans le monde, on estime à 186 millions le nombre de personnes concernées par l’infertilité (18). Pour des raisons politiques, financières ou environnementales, certaines personnes estiment qu’il leur est impossible de devenir parents. Le chômage, le sous-emploi et la précarité du logement poussent de nombreuses personnes à repousser leur projet parental, voire à y renoncer complètement (19).

Faire une place à toutes les mères

Il existe mille façons de devenir mère, mais aucune n’est sans difficultés. Pour certaines personnes, devenir mère est une expérience merveilleuse qui transforme leur vie. Mais pour environ 20 à 25 % des femmes, la dépression périnatale et d’autres troubles de l’humeur font de la grossesse et du post-partum des périodes angoissantes, parfois même effrayantes (20). Les rôles traditionnellement attribués aux femmes et aux hommes, ainsi que les inégalités de genre, compliquent encore la maternité (et poussent certaines personnes à repousser leur projet d’enfant, voire à y renoncer) (19). Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le racisme systémique au sein des services de soins obstétricaux expose les mères noires à davantage de complications pendant et après la grossesse, notamment à un risque accru de décès (21). Aux États-Unis, le risque de décès lié à la grossesse est au moins trois fois plus élevé chez les femmes noires, amérindiennes et autochtones d’Alaska (22). À l’échelle mondiale, les femmes migrantes et celles issues de minorités ethniques ont moins de chances de bénéficier de soins maternels de qualité optimale (23).

Les mères ont besoin du soutien de leurs proches, de leurs familles et de leur entourage (24). Pourtant, entre les emplois du temps chargés et le manque de dispositifs d’accompagnement adaptés, beaucoup ne reçoivent pas l’aide dont elles auraient besoin. Lorsqu’elles sont bien entourées, les mères risquent moins de souffrir de dépression post-partum (25) et ont davantage de chances de rompre le cycle de la maltraitance infantile qui se transmet parfois d’une génération à l’autre (26). Leurs bébés ont également plus de chances de franchir les grandes étapes de leur développement cognitif (27).

Célébrer les mères, c’est bien plus que leur envoyer une carte pour la fête des Mères. Leur faire une vraie place dans la société, c’est aussi faire évoluer les politiques publiques pour que devenir parent comporte moins de risques, notamment grâce à des lois visant à réduire les complications et les décès liés à la maternité. C’est aussi alléger le poids financier de la maternité. Car au-delà des frais de garde, avoir un enfant peut entraîner une perte de revenus et une diminution des droits à la retraite. Enfin, cela signifie reconnaître les mères de tous les genres : les parents LGBTQ+ restent trop souvent absents des discussions sur la maternité (28).

L’idée selon laquelle toutes les mères seraient prêtes et capables de tout sacrifier pour leurs enfants ne tient pas compte de la diversité de leurs besoins et de leurs aspirations. En changeant notre façon de parler de la maternité, nous pouvons faire une place à toutes les mères : celles qui choisissent de ne pas allaiter, celles qui souffrent de dépression, celles qui ont vécu une grossesse difficile ou angoissante, celles qui élèvent leurs enfants sans partenaire et celles qui sont devenues mères sans l’avoir vraiment choisi. La maternité n’est jamais simple ni facile. Et même s’il est difficile d’en saisir toutes les nuances et les contradictions, faire une place à toutes les mères peut contribuer à rendre leur parcours un peu moins difficile.

Avec sa fonctionnalité Grossesse, Clue s’engage à accompagner toutes les mères.

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