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Au-delà du sexe : ce que les femmes asexuelles recherchent dans une relation
Comment l’asexualité peut nous aider à comprendre ce qui façonne les préférences en matière de relations et de partenaires
De nombreuses personnes supposent que l’attirance sexuelle constitue une composante centrale de l’expérience humaine, influençant la manière dont nous sortons avec quelqu’un, construisons des relations et tombons amoureux·ses. Pourtant, l’attirance peut être vécue de multiples façons.
Les personnes asexuelles ressentent peu ou pas d’attirance sexuelle. Mais qu’est-ce que cela signifie pour leur vie amoureuse ? Comment les femmes asexuelles abordent-elles les rencontres, et qu’est-ce qui compte le plus pour elles chez une personne idéale ?
Afin d’explorer ces questions, des chercheur·euses de l’Université de Tilburg, de l’Université de Göttingen et du Leibniz Institute for Educational Trajectories à Bamberg se sont associé·es à Clue pour mieux comprendre comment les femmes asexuelles perçoivent les relations et la personne idéale.
Étudier les relations sans attirance sexuelle
L’attirance sexuelle est souvent considérée comme un facteur central dans le choix d’une personne partenaire (1). Étudier des personnes qui ressentent peu ou pas de désir sexuel offre une occasion unique de poser une question plus approfondie : qu’est-ce qui façonne les préférences relationnelles lorsque l’attirance sexuelle n’est pas un facteur principal ?
Nous avons analysé les données de l’Enquête sur un·e Partenaire Idéal·e (Ideal Partner Survey), une vaste étude internationale. Notre échantillon comprenait 390 femmes asexuelles issues de 38 pays, dont les réponses ont été comparées à celles d’un groupe apparié de femmes hétérosexuelles. Les participant·es ont indiqué les types de relations qui les intéressaient ainsi que ce qu’elles recherchaient chez un·e partenaire idéal·e.
Différentes voies vers la connexion
Certaines des différences observées étaient attendues. Comparées aux femmes hétérosexuelles, les femmes asexuelles se montraient moins intéressées par des relations purement sexuelles, telles que les aventures sans engagement. Elles étaient également moins susceptibles de souhaiter des partenariats monogames traditionnels ou de devenir parents.
Les femmes asexuelles étaient plus susceptibles de préférer des relations émotionnellement intimes sans activité sexuelle. Beaucoup se montraient plus ouvertes à des formes de connexion non traditionnelles, notamment des partenariats platoniques ou des relations non monogames consensuelles.
Ces résultats mettent en évidence un point essentiel : l’attirance sexuelle et l’attirance romantique ne vont pas toujours de pair. Certaines personnes asexuelles peuvent également s’identifier comme aromantiques (c’est-à-dire qu’elles ne ressentent pas d’attirance romantique), mais beaucoup en ressentent — et souhaitent des relations proches et engagées — sans nécessairement qu’elles soient sexuelles.
Repenser à quoi ressemble une « bonne relation »
Pour les femmes asexuelles, une relation idéale peut différer de la norme culturelle. La proximité émotionnelle, la confiance et la complicité peuvent primer sur l’intimité physique. Dans certains cas, la non-monogamie consensuelle ou des partenariats émotionnellement intimes mais non sexuels peuvent offrir des moyens de construire des liens significatifs, sans la pression de devoir avoir des rapports sexuels.
De manière générale, les femmes asexuelles étaient plus ouvertes à l’idée de rester célibataires que les femmes hétérosexuelles. Pour certaines, cela peut refléter les difficultés réelles des rencontres dans un monde où l’attirance sexuelle est souvent présumée — en particulier lorsque l’autre partenaire n’est pas asexuel·le et que les attentes liées à l’intimité physique doivent être négociées.
Pour d’autres, en particulier celles qui s’identifient à la fois comme asexuelles et aromantiques, le célibat peut être un choix positif et intentionnel. Plutôt que de représenter un manque de lien, il peut offrir davantage d’indépendance et un mode de vie mieux aligné avec leurs besoins et leurs valeurs.
Qu’est-ce qui compte chez un·e partenaire idéal·e ?
Lorsqu’on leur a demandé quelles caractéristiques elles recherchaient chez un·e partenaire à long terme, les femmes asexuelles avaient tendance à juger la plupart des traits comme moins importants que ne le faisaient les femmes hétérosexuelles. Les différences les plus marquées concernaient l’attirance physique, l’expérience sexuelle, la confiance en soi et l’affirmation de soi — des traits souvent mis en avant dans la culture des rencontres.
Fait intéressant, les deux groupes accordaient la même importance à l’éducation et à l’intelligence.
Cela ne signifie pas que les femmes asexuelles ne se soucient pas de l’apparence ou de la personnalité. Cela suggère plutôt que lorsque l’attirance sexuelle n’est pas un facteur déterminant, les personnes peuvent aborder les relations avec des attentes différentes — et ressentir moins de pression à privilégier des traits traditionnellement considérés comme « désirables ».
L’asexualité englobe de nombreuses expériences
Il est important de souligner que les femmes asexuelles ne constituent pas un groupe homogène.
L’asexualité recouvre un large éventail de sous-identités et d’expériences (2,3). Certaines personnes ne ressentent jamais d’attirance sexuelle, d’autres n’en ressentent qu’après avoir établi un lien émotionnel fort (démisexualité), et d’autres encore se situent entre les deux, comme les personnes grisexuelles. De même, certaines femmes asexuelles ressentent une attirance romantique, tandis que d’autres n’en ressentent pas (4).
Nos résultats montrent qu’une attirance sexuelle limitée ou absente joue un rôle significatif dans la manière dont se façonnent les préférences relationnelles et ce que les personnes recherchent chez un·e partenaire — mais qu’il ne s’agit que d’un élément parmi d’autres dans un ensemble bien plus vaste. Reconnaître et inclure des expériences longtemps négligées est essentiel pour construire une compréhension plus complète et inclusive de l’intimité humaine, des relations et du bien-être.
Nous souhaitons adresser un grand merci à l’ensemble des utilisatrices de Clue qui ont participé à cette recherche. En partageant leurs expériences, elles ont contribué à faire progresser la compréhension de l’asexualité et des expériences relationnelles des femmes.
Vous pouvez lire l’article scientifique complet ici.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les résultats de l’Enquête sur un·e Partenaire Idéal·e, consultez notre article complémentaire qui explore comment l’âge influence les préférences des femmes en matière de partenaire à travers le monde.
